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 Artificiality (pv Jaaz)

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Isaàc Santiago Hierra
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MessageSujet: Artificiality (pv Jaaz)   Artificiality (pv Jaaz) EmptySam 18 Jan - 0:16

Delray.

Un boulevard sans lumières, un chaos sans vie. L’inconstance de l’hiver a laissé les rues presque sans neige, boursouflées de monticules sales. Il fait froid, sec, poussiéreux. Ares marche sur la chaussée étroite, la cagoule montée sous les yeux que le vent fait se calfeutrer en cils droits et gelés. Il aurait pu venir avec sa voiture, mais préfère ne pas tenter le quartier. Là où il va, il aurait autant de chance de se la faire voler que vandaliser.

La tête basse, il passe près d’un petit groupe gravitant autour d’un vieil autobus bariolé de graffitis. Deux dames discutent à voix basse, gobelets fumants et cigarettes entre les doigts, un mec roule, trois autres piétinent sur place en se raclant la gorge à tour de rôle.

« Isaàc ? »

Nom de tombe. Il réagit en le laissant glisser au-dessus de sa tête, poursuit sa route, le dos un peu plus raide. La deuxième flèche est décochée, une voix plus claire, plus insistante, et déjà des pas suivant les fantômes des siens.

« Ares ! ... »

Il ralentit, s’arrête, une hanche tournée. Elle vient vers lui. Ses yeux brillent dans les larmes que le froid y dépose, son petit nez rougeoie au-dessus de son écharpe. Elle a coupé ses cheveux, Ares le remarque. Un détail.

« Ça fait longtemps, comment tu vas ? »

La jeune femme a un sourire sincère, heureux, doux. Ou peut-être est-ce parce qu’elle jure trop avec le décor. Le Salvadorien pose sur la travailleuse de rue un regard tourné vers l’intérieur, brut dans tout ce qu’il retient de force. Il ne dit rien. La brune n’est pas déstabilisée. Elle se plante dans son giron, les épaules légèrement vers l’arrière, décontractée.

« Tes parents, il vont bien ? »

Fallait pas qu’il s’arrête.

Rapidement, ses yeux vont agripper un ailleurs vague, tentent de s’élever au-delà de l’intervenante. Il n’y a rien à accrocher, derrière. Sa gorge se serre, du silence comme des mots qu’elle pourrait laisser couler, armes à terre. La jeune femme radoucit son sourire, pivote légèrement et pointe l’autobus.

« T’as vu ça ? C’est le Macadam. Il est en service depuis le début de l’hiver. »

Changement de stratégie. Est-ce qu’elle pique sa curiosité ou est-ce qu’il tente d’être poli, un minimum ? La voix rouillée d’Ares traverse le polar de son masque : « C’est quoi ? »

« C’qu’on veut que ce soit. On est là les jeudis et les vendredis, on donne du café, et les gens peuvent venir discuter avec nous à l’intérieur. Un week-end sur deux, on est de l’autre côté de Delray. On a quatre couchettes dedans. Tu sais, quand il fait vraiment froid, comme aujourd’hui. Et puis on a des seringues propres, de la naloxone... »

Elle lui lance une oeillade.

« Alors, qu’est-ce que tu deviens. »

Trop tôt.

Trop tard.

Ares fait mine de vouloir fuir, et c’est une réaction que la travailleuse de rue lui connaît ; elle se rattrape immédiatement, légère, mais précise.

« Prends au moins un café. Pour emporter. »

Il hésite. Pas qu’il aille envie de quoi que ce soit pour le réchauffer, mais plutôt parce qu’il tente de déterminer la meilleure façon de battre en retraite. Une épaule est haussée, lentement. La jeune femme l’entraîne vers le bus, satisfaite. Ares reste devant les marches. À l’intérieur, un intervenant est assis en tailleur sur l’une des banquettes, et il parle d’un match de basket avec deux résidents du quartier, tout dépenaillés dans leurs loques, mais fendus d’une oreille à l’autre de sourires édentés, leur tasse chaude dans les mains.

Le vent souffle dans le dos d’Ares. Agrippe son manteau, le tire plus loin. Va-t’en.

La brune verse le café dans un gobelet de carton. Elle revient, sort du Macadam, cherche le garçon qu’elle avait réussi à amadouer, il y a sept ans. Rien sur le trottoir, même pas des traces de pas pouvant être imprimées dans la neige. La boisson fume dans sa main comme les restes mourant d’un amas de braises.

Delray.

Y’a des misères qui sont parfois épuisées de faire du bruit, comme ici. On se repose, on attend le printemps pour pouvoir étaler sa carcasse dans les rues. En attendant, on crève à petit feu derrière les portes closes.

Ares atteint l’ombre d’un bâtiment quatre étages, entre après avoir jeté un regard par-dessus son épaule. Le squat baigne dans une lumière bleue et haletante d’un jour qui ne se lève jamais réellement.

Quelques têtes curieuses se redressent à son arrivée, puis la question silencieuse est rapidement oubliée. On s’en fout, de qui rentre - l’important, c’est qui sort. Qui ne revient pas. Le Salvadorien détache son manteau, retire ses gants en montant le grand escalier principal ; marches couvertes d’une moquette usée, tâchée comme la peau d’un rat mort. Il y a une odeur tenace imprégnée dans les murs gondolés, un mélange piquant, chloré, enfumé. Humidité, javel cramée.

Ares arrive sur le dernier palier. Il y a une rumeur dans le bâtiment, calme et constante. Ici, aucun bruit. Il cogne à la porte du fond, la bleue. En face, c’est ouvert. Le Salvadorien observe sans vraiment voir - il y a un matelas double sans drap collé à la petite fenêtre barrée d’une serviette de bain. Dessus, quelqu’un, presque quelque chose, dort.

« Tu savais que Miguel a habité dans cette chambre pendant un moment ? »

Ares tourne la tête. Bone se tient devant lui, dans l’embrasure de la porte. Il a parlé avec cette intonation caverneuse, légèrement surjouée, comme pour un documentaire. Ça fait quatre ans que ses joues se creusent ; mais là, c’est apparent. Bone devient peu à peu le nom qu’il arbore.

« Allez, entre. »

Ares bouge. L’intérieur de l’appartement est légèrement plus accueillant que les couloirs du squat. Bone fait une liste de recommandations : enlève pas ton manteau, j’ai un peu de mal avec le chauffage. prends l’autre chaise, celle-là n’est pas solide. regarde pas le bordel, j’ai des colocs.

Dire que la première fois qu’il a mis les pieds ici, Bone avait plus ou moins tenté de le crever. Avec raison - Ares l’avait plumé au poker. On se refait pas. Mais ici, les règles sont aussi dures qu’elles sont variables. Le Salvadorien s’assoit à la table. Il ne sait même pas pourquoi il continue de venir ici.

Une habitude. Une nostalgie.

« T’sais, tu devrais venir l’été. On s’en sert encore, de la terrasse sur le toit que vous avez construit toi et Miguel. »

Ares a un geste. Il ne sait pas trop - c’est sec, agacé, refoulé. Bone se laisse choir en face de lui, visiblement amusé.

« Il est sorti, j’le sais. Vous traînez plus ensemble ?
- C’est bon là ? »

Il inspire, darde ses billes mordorées sur le faciès émacié du quinquagénaire. Il est pas venu pour un interrogatoire. Le vieux éructe un rire gras en attrapant le paquet de cartes sur la table, puis le paquet de cigarettes. Il s’en brûle une. Ares garde son masque. Il sent ses cils qui dégèlent peu à peu.

« Dis, tu t'adoucis pas avec l’âge. »

Il distribue.

La porte d’une des chambres s’ouvre ; une femme sort, perdue dans un jogging trop ample. Elle les ignore, va ouvrir un tiroir de la cuisine et sort une feuille de papier d’aluminium. Concentrée, elle se découpe un petit carré, le remplit de poudre, et fait chauffer avec le briquet à barbecue. Bone se retourne en agitant un bras vers elle.

« Eh. Eh ! Va faire ça ailleurs. »

La femme grogne. Ares l’observe - elle est jolie, peut-être, mais son visage est couvert d'une myriade de veinules éclatées. Elle est marbrée. Gelée comme une balle.

« Cette fille fume plus de crack que tous les putains de junkies du bloc réunis ! »

Et Bone part dans un éclat de rire de ténor. Il trouve ça drôle, super drôle. Il s’étouffe sur sa clope. Ares continue d’abattre les cartes, imperturbable.
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Jaaziel Spence
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MessageSujet: Re: Artificiality (pv Jaaz)   Artificiality (pv Jaaz) EmptyMar 21 Jan - 0:25

Il y avait quelque chose de sinistre à Delray. Le quartier ressemblait davantage à un cimetière qu'aux promesses d'avenir que l'industrialisation lui avait apporté. Même la fraîcheur n’enlevait rien aux cendres sombres qui couvraient les routes craquelées et s'agrippaient aux murs, tout était gris même dans le froid, tout n'était que poussières, des câbles pour cacher le ciel toujours bas. C'était une misère à laquelle on s'habituait, sans doute parce qu'il y demeurait une illusion de vastes espaces où respirer. Sur des terrains d'herbes mal taillées, il n'était pas rare de trouver les vestiges de bâtiments abandonnés. Parfois, ceux-ci trouvaient une seconde vie auprès des autres rejetés de la société. Des magouilleurs, des camés, des prostitués; à côté des maisons familiales que l'immigration avait laissée, des vies continuaient à grouiller. Elles n'étaient pas glorieuses, certes, mais à l'image du quartier, elles avaient surtout été abandonnées, vidées et dépouillées.

Jaaziel semblait trouver ici son compte comme s'il passait un séjour à la campagne. C'était un peu comme revoir de la famille. Il y avait ces lieux où il avait grandi, à sa façon, et ces visages qu'il n'avait jamais oublié. Il avait beaucoup appris, d'une tolérance incertaine à des convictions qu'il s'était promis de ne jamais se faire voler. Pas de gangs là où il se rendait. Pas de black mafia, de jugallos ou de mexicains exclusivement, ici c'était la loi du plus faible. Trop de problèmes pour se mêler au reste, trop d'emmerdes pour s'en rajouter. C'était du moins ce que Jaaz' espérait. En trois ans, les temps avaient changés et la place des clans s'était creusée. Il est vrai qu'il craignait de retrouver cette corde sensible de son parcours. Si ça avait changé en ce sens, ses bases se fissureraient.

Quand il entra dans le squat recherché, rien n'avait bougé. Qui l'aurait cru, vu la gueule des poutres et des tapisseries trouées. Il escalada les marches sans s'arrêter, la capuche sur le crâne pour se protéger de la gelée, celle-là même qui s'incrustait au premier étage. Aussi, il se savait observé par tous les regards fantômes qui hantaient les paliers, une dispute se passant justement au second, une odeur leur fouettant le nez.

« Mec... meeec, ça pue là. C'est quoi, du gaz ? » gémissait un junkie dans le couloir, un autre s'avançant à l'entrée de ce dernier.

« Jaaz ? C'est Jaaz putain, t'es d'retour ! Hey ! Hey ! »

Alors que le concerné grimpait vers le troisième étage, il jeta un œil par dessus son épaule pour voir les deux silhouettes intriguées. La plus intelligente, ou en tout cas la plus lucide, s'avançait sur le pallier pour lui faire des signes enthousiasmés.

« Tu vas où comme ça ? Viens prendre un café au moins »

Le plus déchiré se mit à glousser, s'enfonçant plus loin d'un air désintéressé. Il y avait de nouvelles têtes ici. Des têtes que Jaaz ne connaissaient pas. Il fallait bien remplacer les morts, à un moment donné.  

« J'arrive après » lança-t-il sans s'arrêter, son objectif étant fixé.

Il avait bien l'intention de retrouver ses amis un par un, ou plutôt ses potes, puisqu'ici il était compliqué de parler d'amitié. Tout paraissait plus fort, plus franc et plus vrai, par-dessus une large couche de d’intérêts. On pouvait passer la nuit à refaire le monde avec quelqu'un,  puis se faire voler tous ses biens au petit matin. On ne pouvait par contre pas trahir sans en subir les conséquences, mais une bonne fois avant de passer à autre chose. Tout se comprenait, jusqu'au profondeur sale de l'humanité. On se vengeait à différents degrés puis on oubliait plus ou moins. En y réfléchissant, Jaaziel prit conscience que ça lui rappelait certains aspects de la taule.

Arrivé au dernier et quatrième étage, Jaaziel sortit une main de la poche pour frapper la porte bleue. Un bref regard dans son dos lui rappela des souvenirs, une situation familière et autrefois régulière. Bientôt, il reprendra sans doute sa place à l'endroit où la forme s'endormait, s'il ne faisait aucun braquage ni efforts avant. Car s'il pouvait compter sur Angelo pour le loger, il désirait par-dessus tout récupérer ses chiens et l'espace qu'ils lui réclamaient.

« C'est pour quoi ? »


Une voix féminine, feutrée, fatiguée. Jaaziel baissa à peine les yeux sur le squelette apparu devant lui, il n'eut qu'à frôler la jeune femme de l'épaule pour la déplacer et pouvoir entrer. Il longea le vestibule pour directement atteindre la cuisine qui servait de salle à manger et surtout d’accueil. C'était ici que tout se passait, des conversations aux règlements de compte oppressants. Bone avait beau l'air d'un guignol parfois, il savait exactement ce qu'il faisait. Et si d'ailleurs il l'appelait Miguel, c'était sans doute une façon de s'approprier son passé, son identité et ce qu'il était. C'était ce que Bone faisait à chaque fois, il caressait puis il grondait. À croire que c'était lui qui lui avait tout appris.

Mais ce ne fut pas Bone que Jaaziel vit en premier. Dans son champs de vision, il se dessina trop tôt le haut du crâne d'Ares. Il était compliqué de le reconnaître aussi rapidement lorsqu'on ne le connaissait pas par cœur, de ses mouvements aux moindre formes de sa silhouette. Il était si camouflé que son visage semi-caché se confondait avec celui d'un autre aux cheveux tout aussi sombres et ainsi coiffés. Dans son originalité Isaac ressemblait à n'importe quel gars, il se fondait en toute part de sa personnalité.

Jaaziel le haïssait.

Une seconde pour ne plus le voir seulement, et il baissait les yeux vers le vieux tout en dégageant un paquet emballé de sa poche. Il entendit au loin les « Miguel » « justement on parlait de toi » «  content de te voir » ou encore « qu'est-ce que tu deviens » dans un brouhaha rocheux venant d'une seule voix. Il se dirigea sans un mot vers le plan de cuisine et y déposa sans plus de cérémonie le colis.

« Ne me dis pas que t'es venu faire le livreur, tu ne viens pas voir un vieil ami ? »

« J'passais dans le coin et tu m'dois de la tune »


Les mains dans les poches, il appuya le bas des reins contre la cuisinière. Ainsi il ne voyait que le fumeur, ignorant parfaitement l'ombre à peine plus loin. Il aurait probablement été plus agréable s'il n'avait pas été dérangé, car s'il jouait les aveugles, il était assez raide pour ne pas l'avoir remarqué.

« Bien, laisse-moi finir ma partie et j'te paie ça. Tu ne joues toujours pas aux cartes ? Ares, t'aurais pu lui apprendre depuis le temps ? Allez, c'est le moment Miguel, assis-toi »

« Cette fille, c'est qui ? »

Jaaziel montra la toxico venue récupérer son matos juste à sa gauche avant de se traîner vers sa chambre. Elle avait déjà oublié qu'elle lui avait ouvert. Lui qui n'avait pas été tendre avec elle, semblait soudain plus intéressé.

« C'est la petite Mary, tu te souviens non ? Elle est arrivée un peu avant que tu te fasses chopper »

« T'es qu'un enfoiré »

« Tout doux mon grand, ce n'est pas moi qui lui ait mis la poudre au nez. Vous êtes tous de mauvaises humeurs aujourd'hui ou quoi ? Allez, racontes-moi plutôt comment c'était en taule. J'connais un jeune qui était dans ton secteur, Sam' qu'il s'appelle. Un bon, mais la prison l'a fait rejoindre ces connards de fachos. Je n'ai plus eu de nouvelles depuis »

Bone gardait le visage fermé. Sa concentration le rendait paradoxalement moins enjoué avec son entourage.

« Il donnait pourtant son pécule pour s'faire sucer »

Le bougru éclata de rire, suivi d'une toux grasse tandis qu'il tirait son jeu d'un air hilare, la racine de sa clope lui brûlant les doigts. Jaaziel s'empara de la boite à tabac et des feuilles à l’intérieur, pour s'en rouler une.

« Peut-on le blâmer ? Depuis combien d'temps il est là-bas. Au bout de quelques mois, tu dois te sentir comme un taureau avec les couilles pleines. Quitte à les descendre autant profiter des pédales. Me dis pas que t'as pas craqué en trois ans ? »

Bone ressemblait à un vieil oncle dont les propos glissaient dans l'atmosphère avec lourdeur. Jaaziel l'observait, et il comprenait puisque c'était exactement ce que lui-même aurait pu lancer. « Non, les pédés j'les encule à ma manière »

À nouveau la voix de l'ours claqua dans la pièce. Le rasé porta le roulé de nicotine au bord des lèvres, tête penchée, capuche baissée et regard incliné vers sa cible, Ares. Une pique venu tout droit du cœur. Une lame qu'Ares lui avait laissé.

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Mon cœur est devenu cannibale
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Isaàc Santiago Hierra
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MessageSujet: Re: Artificiality (pv Jaaz)   Artificiality (pv Jaaz) EmptyMer 22 Jan - 21:20

À table, le monde s’efface - tous les mondes d’Ares sont des univers clos. Quand il est dans les cartes, les cartes dans ses mains, il oublie les portes, les murs, et toutes ces routes quadrillées qui tournent sur elles-mêmes, se croisent et se recoupent sans cesse pour ne former qu’une seule et même ligne ne débouchant que sur ses propres chemins. Pendant un instant, il a l’artificialité d’un choix. Il contrôle quelque chose. Et cette chose est tangible ; c’est un valet noir, de profil, c’est un quatre rouge, éclaboussant le blanc du carton plastifié. La prison de la concentration referme ses barreaux jusqu’à la lisière de sa peau. Il n’est plus conscient de lui-même. Il n’est plus conscient.

Jusqu’à ce que ça frappe, à la porte. Tranquillement, il émerge de ses marais. La table a des coins émoussés, et au-delà, un plancher carrelé sur laquelle elle repose, légèrement branlante. Les traits de son visage frémissent à nouveau, parce que tout lui rentre dedans, même le silence, l’écho de vide entre chaque bruit de pas ; quelqu’un approche. Il ne tourne pas la tête pour voir, parce qu’il n’est pas du genre à prendre, à imposer son regard, et s’il le fait, c’est discret, par en-dessous, de biais. Rarement confrontant.

Sauf avec lui.

Ares l’attrape du coin de l’oeil, le suit jusqu’au comptoir. Une respiration lente a gonflé ses poumons, puis s’est bloquée dans sa gorge. Il la retient. Il entend à peine Bone déblatérer un tissu de salutations prémâchées. Pourquoi t’es ici. Non. Pourquoi je suis là.

Parce que c’est Jaaziel qui l’a traîné dans ce squat le premier. Qui lui a montré l’envers de sa vie. Qui a consenti à le laisser approcher dans ses ombres. Alors qu’Ares n’a rien offert en retour, qu’il a buté contre ses propres barrières, secret, fuyant, renfermé - le constat, limpide tout à coup, lui met un claque brutale, le ferait presque tomber de sa chaise, si seulement la fulgurance de ses idées pouvaient réellement secouer l’immobilisme harassant qui le caractérise. Jaaz...

Les bras d’Ares tremblent, une fois. Ses mains se sont stabilisées ; jointures raides et doigts pressées sur son jeu qui se courbe légèrement vers l’intérieur.

Il l’observe. Fixe et tenace. Angoissé qu’il tourne la tête vers lui, mais de plus en plus courroucé d’être ignoré - pour une des rares fois dans sa vie, Ares veut apparaître. Sa matérialiser à la colère de Jaaziel, être sa mire, son Mur de Berlin à abattre.

Affronte-moi.

Regarde-moi.


« Non, les pédés j'les encule à ma manière. »

Son oeil flambe.

Il attend comme un mouvement de la part du punk, un mouvement sur lequel calquer les siens dans une violence égale ou supérieure. Avec acuité, il décortique chaque geste de Jaaziel, de la clope roulée portée à ses lèvres au froncement concentré de ses sourcils lorsqu’il allume.Il penche toujours la tête, exactement de cette manière, attrape le tube de la droite, plisse les paupières, inspire après avoir éloignée la cigarette de sa bouche…

Jaaziel le regarde.

Y’a le rire de Bone qui reprend, plus lent, beaucoup plus lent, un hoquet moqueur qui s’essouffle finalement contre la deuxième clope qu’il porte entre ses chicots pourris. Il allume à son tour, mollement, et bascule la tête vers l’arrière, atone et goguenard.

« Oh là… là j’te reconnais bien, Miguel. »

Les pattes de métal de la chaise crissent sur le plancher. Une impulsion, et il est debout, les paumes plaquées sur ses cartes renversées. Aucune réflexion, juste une onde de choc électrisante, quelque part à l’arrière de sa tête, déclenchée par le regard soutenu du punk. Bone a reculé la tête, encore un peu, un sourire gredin au visage. Tout ça, c’est du divertissement. Des volcans en ébullition, il en a plein les pattes, dans le squat. Des fortes têtes aussi. Des mecs comme Jaaz, et des mecs comme Ares.

Le Salvadorien jauge sa cible un quart de seconde, puis vire des talons. Un classique. Sauf que cette fois, ça lui met un coup dans l’estomac - d’être celui qui se détourne et pars et fuit éternellement. Quelque part, il sait très bien ce qui se passerait s’il allait jusqu’au bout de leur affrontement. Ils ont déjà été près, très près de toucher le point culminant d’un de leur innombrables combats de chiens. Le seul fait d’y penser donne à Ares le vertige.

Il revoit Jaaziel, allongé dans son lit, les poings enfoncés sur les yeux, le torse agité d’un spasme panique, ou peut-être d’un sanglot, un s’te plaît, me laisse pas éreinté entre les lèvres.

Ares lâche son regard. Ça le brûle. Le broie. Le troue.

Vouloir Jaaziel en même temps d'être incapable de l'affronter. Avoir fait exactement le contraire de ce qu'il lui a promis, et le refaire, encore et encore ; partir. Creuser entre eux la distance.

S'écarteler.

Deux enjambées, et il est dans la minuscule salle de bain ; la porte claque plus fort que voulu dans son dos. L’air se resserre, devient dense et impossible à avaler. Il doit fermer ses deux mains sur le bord de l’évier, s’y appuyer avec force. Les points dansent devant ses yeux. Faut qu’il foute le camp. Sortir, ne regarder personne, tourner sur le pallier, voler jusqu’en bas des escaliers, s’engouffrer dans l’hiver, piquer dans un chemin différent pour ne pas recroiser le Macadam, s’éloigner, s’éloigner, s’éloigner, l’oublier…

Mais il est incapable de bouger. Tout ce qu’il sait faire, c’est se balancer d’avant en arrière, cramponné à ce putain d’évier, les yeux clos et les dents serrées. Attendre que l’autre parte, s’éloigne, et l’oublie.

En sourdine, il entend la voix grave et railleuse de Bone en rajouter une couche.
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Jaaziel Spence
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MessageSujet: Re: Artificiality (pv Jaaz)   Artificiality (pv Jaaz) EmptyVen 24 Jan - 15:57

Un crissement jusque sous sa poitrine, qui le contracta de l’intérieur, immobile, toujours droit et faussement neutre. Jaaziel sentit son regard se rétrécir: la focale d'un prédateur accrochée à sa proie. Une proie qui bougeait trop, bruyante quand elle aurait mieux fait de faire profil bas. Mais finalement elle fuit, comme à chaque fois. Ce fut une déception mêlé au soulagement qui céda à Jaaziel son souffle un instant retenu, aussitôt rendu toxique par la nicotine qu'il se hâta d’inhaler. Il entendit Bone marmonner quelque chose, parce que lui non plus ne comprenait pas. Personne ne comprenait vraiment quel était ce bordel les poussant constamment à s'affronter. Lui et Ares. Quand l'un provoquait, l'autre fuyait, et qu'importe les chemins pris, ça se finissait forcément comme ça.

Sauf que Jaaz' leur avait promis de sortir de sa vie. Un concours de circonstance les avait fait se retrouver ici, et ç'aurait été trop demander au punk de se taire. Il n'en pouvait rien, rien que de croiser ces ambrés vicieuses, ça le broyait de l’intérieur de ne pas y trouver ses bleus éclairs. Il n'appréciait ces whisky's qu'avec le reflet de ses orages en travers. Son ivresse il la préférait sombre et autodestructrice. Manipulatrice, puis victime qu'il était, ou qu'il était en train de devenir.

Il fallait qu'il fuit lui-aussi. Autrefois, il aurait attendu que son rongeur sorte de son trou pour l’accueillir. Il aurait tout fait pour retenir cette tension soulevée par le bruit simple, mais terriblement agaçant, d'une chaise et d'une table bousculée. Il aurait été jusqu'au bout, autrefois. Cette fois-ci il soupira, se redressant pour aller écraser le reste de sa clope consumée par de violentes frustrations dans le cendrier posé près de Bone.

« Qu'est-ce qu'il se passe entre vous deux ? En tout cas si vous avez des comptes à régler, faites-le dans le couloir, j'en ai marre de ranger cette baraque à chaque bagarre ici... »

« Laisses tomber, il fait ça tout l'temps » Il souffla sa dernière fumée, aux poumons brûlés, près de la place abandonnée d'Ares. Il la lui aurait bien craché au visage.

« Merde, Miguel, ce sont mes cartes ça... » gronda Bone en le voyant choisir le jeu d'Ares plutôt que le cendrier, finalement. « Bande de p'tits cons. Vous avez pas eu assez de leçons ? »

« J'descends, et j'reviens tout à l'heure chercher mon blé »

« Ouais barres-toi avant que j't'en colle une. Et reviens avec le café, cette bande de camé n'en a certainement pas besoin... »

Le gringo laissa derrière lui ce passé duquel il avait été rejeté encore. Et il se promit qu'à chaque rencontre qu'ils ne pourraient éviter il recommencerait, il ferait en sorte qu'Isaac se recule jusqu'à le pousser sur le bord du gouffre. De façon à ce qu'Ares ne puisse plus jamais le voir, quitte à ne plus pouvoir le supporter. Jaaz' qui était connu pour foutre la merde et soulever les colères, trouvait dans ses extrêmes la seule façon de s'en débarrasser, trop impulsif pour se contrôler même lorsqu'il faisait l'effort de se calmer. Au moins il ne l'avait pas rejoins dans cette salle de bain, petit à petit il apprenait à comprendre quand le jeu devait s'arrêter.

En sortant de l'appartement, il balaya une chambre ouverte du regard, en passant. La jeune femme était allongée dans son lit, aussi inerte que le corps alangui qui s'exposa devant lui quand il sortit ensuite dans le couloir. Il se demandait parfois s'il n'enviait pas cette paresse mourante. Il voudrait arrêter lui-aussi, baisser les bras devant la réalité, se noyer dans un monde de couleurs macabres et de bien-être superficiel, et finir par plonger dans les bras d'une mort inutile. Il aimerait, si seulement il pouvait, parce que l'au-delà ne lui faisait pas peur et que le néant avait parfois de la saveur. Hurler, secouer les bras pour se faire remarquer, se débattre, faire chier, c'était néanmoins le destin qui lui avait été attribué et depuis, il était incapable de s'arrêter. Sa réalité, il la secouait. Il avait trop de haine en lui pour la laisser gagner. En fin de compte, peut-être était-il seulement mauvais joueur Il détestait perdre, c'était vrai.

« Ça sent l'gaz, putain » constata-t-il tandis qu'il revenait sur le palier du troisième étage.

Le plus siphonné de ses deux précédents interlocuteurs s'exclama un « Ah ! Tu vois ! » pas si motivé à son acolyte. Jaaziel s'engagea vers eux, dans le couloir à gauche de l'escalier venant du deuxième, couloir qui comme tous ceux de ce côté possédait quatre portes parallèles en deux par deux.

« Bande de cons, vous savez que c'est dangereux ? Ça vient d'où ? Dites aux autres de sortir ! »


Jaaziel se dirigea vers l'appartement du fond à la porte laissée ouverte, la lumière d'une fenêtre se projetant dans le couloir. Le plus lucide des deux mecs se mit alors à crier comme un goret sur le pallier, sans trop de précisions. « BOUGEZ VOUS L'CUUUUUUUUUL ! »

Pendant que le rasé vérifiait, sans trop comprendre dans quel pétrin il venait de s'engouffrer, et probablement excédé par le manque de jugeote des deux autres, il entendit le plus défoncé frapper mollement à la première porte gauche à l'entrée du couloir, pour réveiller son propriétaire.
Puis assuré que personne ne faisait de connerie dans l'appartement du fond et que l'odeur n'était pas la plus forte dans ce coin là, donc, dans une illogique troublante où seule la lumière l'avait attiré, le punk ouvrit la bouche afin de gueuler sur les deux incapables.

Il n'eut le temps de rien. Une fraction de seconde avant que son monde ne bascule de la frustration à ce même néant dont il aspirait le besoin à peine plus tôt. Ce n'était pas si reposant. Dur, sombre, vrombissant, étaient plutôt les mots. Il passa d'un état debout, au milieu d'une pièce éclairée, à une rencontre sans conscience avec le sol sur lequel il émergea quelques secondes après. Des acouphènes dans le crâne et une chaleur inappropriée le faisait sérieusement se demander s'il n'avait pas atteins l'enfer, il ne comprit rien de ce qu'il venait de se passer. Dans un même temps, il était incapable de réfléchir. Il voyait ses doigts, sales, sur une surface balayée. Une onde, ou en tout cas quelque chose lui piquant encore le dos. Le goût du sang dans la bouche lui fit comprendre qu'il avait du sacrément se cogner. Les cris torturés et lointains, d'un seul homme peut-être, lui rappelèrent néanmoins qu'il était en vie.

Étrange, car si la souffrance le paralysait, c'était bel et bien cette réalité déchirante qui le tira enfin. Il n'y avait qu'elle pour faire ce genre de coups de pute, l'enfer ne méritant pas mieux. Il appuya sur ses muscles endoloris pour se redresser. Il transpirait. Depuis combien de temps s'était-il fait assommer ? Quand il devina une explosion, il pensa automatiquement à une attaque. Bêtement.

Un regard vers la porte derrière lui lui rendirent l'image apocalyptique d'un couloir pris dans un incendie. La fumée alertait sur son passage l'arrivée de flammes assassines, sans aucun doute maîtresses à l'entrée du couloir, compte tenu de leurs chants grisants. Ce bruit brûlant lui parvenait enfin de plus en plus clairement, des menaces chaudes par-dessus des hurlements.

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MessageSujet: Re: Artificiality (pv Jaaz)   Artificiality (pv Jaaz) EmptySam 25 Jan - 5:07

Des chiottes d’à peine quarante pieds carrés ; il a connu tanière plus glorieuse. L’émail de l’évier s’écaille sous ses paumes. Ares les laisse en place, la nuque brisée, cherchant par le bas l’air résiduaire de la salle de bain. De l’autre côté de la porte, la voix des deux hommes lui parviennent comme étouffées… Laisses tomber, il fait ça tout l'temps… Une amertume. Assez familière pour le blesser, pas assez cinglante pour le secouer. Il demeure là où il est jusqu’à ce que la voie soit libre - à sa sortie, Bone lui glisse un regard torve.

Il s’est rassis à la table avec une indifférence feinte, et observe le rond cendré écrasé au milieu de ses cartes comme s’il regardait une sculpture de pâte à modeler quelconque. Pourtant, il est incapable de reprendre sa main et d’y chasser la poussière de la brûlure avec cette même nonchalance pour poursuivre la partie. Son jeu d’acteur s’arrête ici. Ce qu’il aimerait, c’est prendre les cartes, et une à une, les déchirer avec la lenteur que sa colère froide exige ; il fixerait la ligne blanche et imparfaite ainsi créée, semblable à une cicatrice, et prendrait le temps d’écouter pleinement la plainte discrète du papier qu’on rompt.

Bone, toujours affalé sur sa chaise, tape sa cigarette dans le cendrier et se racle la gorge. Il va dire quelque chose, une connerie probablement, assez tiède, qui ne fera pas même sourciller Ares. Mais comme il ouvre la bouche, une foudre explosive écrase ses mots.

La déflagration est si forte, si près, qu’elle semble un instant aveugler autant qu’elle assourdit. Mais le Salvadorien connaît cet espèce de clignement noir de l’esprit, indépendant de ses paupières qui demeurent grandes ouvertes - c’est la peur, trop soudaine, qui fait du monde un kaléidoscope l’instant d’une seconde. Il est debout sans avoir le souvenir de s’être levé. Aussi réactif, Bone a déjà atteint la porte qu’il ouvre à la volée en beuglant un C’EST QUOI C’BORDEL ! Le calme suivant la déflagration fait flotter dans l’air un nuage invisible et suffoquant. Ares hésite à rejoindre Bone dans le couloir ; devant lui, la porte de la chambre s’est entrebâillée, et le visage émacié de la jeune femme en jogging pointe, l’oeil inquiet et vitreux.

« C’sont les flics… ? »

Tellement à l’ouest. Ares demeure interdit, puis fait un pas de côté pour rejoindre la porte - il est bousculé par Bone qui revient dans l’appartement, agité et visiblement en colère.

« Qu’est-ce qu-
- C’est RIEN! Des CONS qui ont fait péter une bombe ARTISANALE! »

La fille, toujours dans les vapes, semble déjà prête à battre en retraite vers le matelas en entendant cette explication visiblement plus que satisfaisante. Le quinquagénaire, qui a soudain retrouvé la vigueur de sa vingtaine, se penche vers les armoires de la cuisine pour attraper un seau de moppe. Il le remplit en vitesse, piétinant presque devant l’évier, puis repart sans prendre le temps de fermer l’eau.

« J’reviens, j’vais éteindre ! »

Le petit appartement replonge dans une atmosphère faussement paisible. La fille a refermé la porte de la chambre. Ares se tient au milieu de la pièce, prisonnier du flottement. Mais pour une fois, il ne tergiverse pas longtemps. Un instinct animal lui mord les tripes, et son esprit va buter contre la seule pensée rationnelle et obsédante qui se dresse dans sa tête : Jaaziel.

Il sort dans le couloir, court jusqu’à l’escalier. Une odeur âcre le prend à la gorge, et l’air enfumé qui monte d’en bas pique ses yeux. Sur l’étage, ça s’active à reculons, gueule des questions, n’ose pas trop prendre de décision. En se penchant au-dessus de la balustrade, Ares est attrapé par l’éclat irréel du feu qui brûle sur une partie des marches du troisième. La frayeur qui lui fouette tout le corps se mesure à l’inouï de la situation. Il fige à nouveau, haletant à travers le masque qu’il ne sent même plus sur son visage.

Puis il voit Bone. Bone qui a compris qu'une chaudière d'eau ne servirait pas à grand chose. Bone qui dévale les escaliers, passe près des flammes, et se sauve. Comme un lâche.

Quelque chose chute dans le ventre d’Ares, ouvre les valves dans sa tête. Une seconde, son regard s’agrandit sous le choc de la réalisation ; la seconde suivante, il rebrousse chemin, passe l’entrée bleue, et fait irruption dans la chambre de Bone. La porte claque avec violence, comme sa voix : « Ven ! Date prisa ! »

La jeune femme se redresse sur un coude, hagarde, tandis qu’Ares lui attrape le bras sans ménagement. Il la tire hors de l’appartement et elle suit en titubant, trop bousculée pour émettre un seul son. Ils descendent les escaliers ; sur le palier d’en dessous, la fumée s’est opacifiée. La brune émet un cri étranglé en voyant l’un des appartements du couloir vomir le feu - il court sur la moquette sale du plancher, mange les marches menant au deuxième, puis grimpe sur les murs avec ardeur, sauvagement heureux de s’échapper de la bouche qui l’a vu naître.

Ares broie le poignet de la fille, l’empêche de reculer. Il lui ordonne de descendre, cri pour bien se faire entendre ; pour la secouer, pour couvrir les imprécations des autres gens du squat qui détalent comme des lièvres, ou peut-être pour dissimuler le tremblement de sa propre voix. La brune s’élance dans les escaliers en se pressant à la rampe. Les flammes lèchent ses mollets sans l’atteindre.

Jaaziel, il est déjà en bas ?

Le palier semble s’être vidé - les voix qu’Ares entend viennent de l'étage du dessous. Ou alors, le bruit provient du bois dans les murs glapissant sous l’assaut du brasier. Il approche des escaliers, un coude levé près du visage pour se protéger de la chaleur léchant sa peau. Ses yeux se détournent, plissés et larmoyants sous l’effet de la fumée, et c’est là qu’il le voit.

Un corps, étendu en travers de l’entrée du dernier appartement du couloir. Le vacillement irrégulier des flammes le bloque par à-coup à sa vue. Un doute, un doute intenable, plus intenable que la nausée qu’il ressent à l’idée de rester une seconde de plus si près de l’incendie.

La main qu’il avait refermée sur le haut de la rampe ne lui aura servi finalement qu’à se donner une impulsion pour remonter la première marche sur laquelle son pied s’était posé. Il doit frôler le mur opposé à l’appartement en flammes pour atteindre l’autre extrémité du couloir. Ares n’a même pas besoin de se pencher pour deviner à qui appartient cette silhouette.

Sa chair se glace. Qu’importe la chaleur, ici ; dehors, c’est l’hiver.

Le Salvadorien n’a pas trop conscience de la séquence de leurs gestes. Il ne sait pas si Jaaziel s’est redressé après qu’il soit arrivé près de lui, ou avant, ni s’il est celui qui a empoigné le cuir de sa veste, ou l’inverse. Son appréhension s’écroule et se ravive dans le même élan.

Ares tente de dire son nom, comme pour conjurer un mauvais sort, ou peut-être pour s’assurer qu’il est réel, lui, le feu, et il a sa réponse ; aussitôt l’air aspiré, ses poumons se contractent douloureusement pour expulser le nuage toxique descendu pour les asphyxier. Le Salvadorien recule et heurte le cadre de la porte en toussant comme un forcené. Il jette une oeillade rapide dans le couloir. Le feu se multiplie à une vitesse alarmante. L’escalier n’est presque plus visible, d’où ils sont.

Sa poigne est forte mais incertaine. Il tire à lui le punk, secoue le collet de sa veste, croise ses iris pénétrants. Sa voix éructe, craquante sous la fumée : « Faut monter ! »

Pas un ordre, plutôt un exposé fort simple de la seule option qui s’offre à eux. Il tire encore, une secousse pour lui faire comprendre de se dépêcher, parce qu’il ne partira pas sans lui, mais que l’affolement gagnant le peu d’aplomb qu’il lui reste l’empêche de parler, d’aligner clairement ses idées. La chaleur l’étourdit. Y’a que ses yeux qui gueulent, vite, j’t’en pris.
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MessageSujet: Re: Artificiality (pv Jaaz)   Artificiality (pv Jaaz) EmptyLun 27 Jan - 3:20

Quand il sentit une force lui tirer la veste en même temps qu'il se redressait, le premier réflexe de Jaaziel fut de vouloir frapper. Il était sur ses gardes, un instinct primitif dominant moindre mouvement et pensée, sans avoir réellement conscience du combat qu'il s'apprêtait à mener. Tout ce qui comptait, c'était survivre. Et lorsqu'il comprit qu'Ares était bel et bien debout à ses côtés, d'abord il se demanda une fois encore s'il n'avait pas définitivement rejoins le royaume du Diable, puis il bloqua tout geste prématuré. La présence du salvadorien n'était qu'une incompréhension de plus. Une apparition aussi soudaine que les flammes ayant manquées de le faucher, et paradoxalement aussi lointain qu'il était sonné. Il n'avait pas les mots, ni le souffle pour les trouver. Pour preuve, sa gorge lui arracha une toux brûlante pas loin de lui rappeler qu'il était occupé de se faire asphyxier. Il leva aussitôt son bras à hauteur de sa bouche, agrippa celui d'Ares pour s'orienter, puis lutta contre la chaleur assommante.

Si on monte, on crève du con. 

Mais ses jambes n'étaient plus que du coton automatisé. Quoi qu'il fallait faire, il fallait qu'il le fasse. S'enfermer dehors ou ici, son choix était fait.

Bien sûr, tout ne se présenta pas aussi rapidement. Ou peut-être que si, si on en oubliait la mesure réelle des secondes précieuses avec lesquelles ils jouaient. Jaaziel ne voyait aucune autre détermination que celle du feu qui les appelait, et pourtant il trouva dans ces ambrés flottantes le courage de se bouger. Sans avoir la certitude qu'il en aurait la force et la volonté, il s'approcha alors du couloir où la mort les guettait en y envoyant ses âmes rougeâtres, n'attendant que ça de pouvoir les attraper, les saisir du bout des doigts et les enlacer. Il n'y avait qu'un mur à longer, en travers la pénombre de la fumée, l'éclat du feu et le toit qui petit à petit les avalait sous son manteau de flammes. Il n'y avait, surtout, plus une seconde à perdre. Si la douleur lui venait de partout, -du dos, du crâne, des poumons- l'incertitude était la pire à affronter.

Il se vit frôler le mur sur deux habitations, avec dans sa main droite quelque chose de solide qu'il fut incapable d'identifier: un appui. Il s'y accrocha, même s'il était devant, comme s'il s'agissait de sa propre vie qui le suivait sinistrement. De son autre, il pressa le tissu de sa veste à hauteur de son nez. Il lui fallait de l'air, son énergie se faisait littéralement aspirée. Puis il prit conscience, quand il eut atteint le palier, que c'était le poignet d'Isaac qu'il tenait, sans doute le même avec lequel il l'avait secoué après l'avoir agrippé. La bouche de l'incendie derrière eux, il le lâcha alors. Ils avaient réussi sans pour autant s'arrêter.

Jaaziel ne regarda pas deux fois pour comprendre que l'escalier du deuxième étage était infranchissable. Ares l'avait vu avant lui, et il résonnait dans la tête du punk le seul conseil qui était bon d'en tirer. Il fallait monter. Quitte à se diriger dans la gueule du loup, suivre le chemin dessiné par le feu et s'en retrouver coincé. Ils n'avaient pas d'autre solution à leur portée.

« Merde ! »

Jaaziel avait couru jusqu'à la porte du toit. Il avait franchi les marches sans avoir peur de trébucher, celles qui menaient au dernier étage puis les quelques unes vers le plafond, fonçant vers un besoin impératif d'oxygène et de sécurité. Sauf que la porte était fermée. Cette foutue porte était fermée !
Il essaya plusieurs fois, mais elle restait aussi hostile qu'une traîtresse peu soucieuse de leur sort. Impossible de l'ouvrir, aussi simple que ce devait être d'actionner seulement la poignet. Malgré un coup d'épaule, en effet, un verrou la bloquait.

Bone.

Cet abruti était tout à fait capable de garder une clef donnant accès à la terrasse. SA terrasse. Parce que qui tendait bien l'oreille en l'écoutant parler, aurait remarqué toutes ces fois où il s'était plains des camés qui l'entouraient. À les retrouver défoncé dans son transat, que tout le monde baisait sur ses coussins ou qu'il passait son temps à ramasser les capotes et seringues usagées. Il avait tendance à exagérer et pour le coup il l'avait très certainement fait. Ainsi, le toit était devenu sa propriété.

L'adrénaline lui ayant redonné de l'ardeur, l'ex-taulard fit demi-tour aussitôt l'énigme démêlée. Il manqua de se cogner à Ares en faisant demi-tour, mais une fois à l’intérieur de l'appartement de Bone, il se mit à ouvrir tous les tiroirs de la cuisine et à renverser le contenu de toutes les boites qu'il trouvait.

« Aide-moi à trouver la clef du toit ! Ce connard de fils de pute l'a sûrement gardée pour lui ! » s'expliqua-t-il.

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MessageSujet: Re: Artificiality (pv Jaaz)   Artificiality (pv Jaaz) EmptyMer 29 Jan - 20:13

Une seconde une année. Ares sent l’horloge pulser jusqu’à l’intérieur de ses muscles. Il est dans cet état vacillant où le chemin à prendre semble clair, pressant, mais si peu invitant qu’il le somme à retarder sans cesse son élan. Plus il attend, plus il attend. La fumée dépose dans son crâne une lourdeur étrange, un faux sentiment d’aérien tirant ses énergies vers le bas. Mais il y a cette certitude, aussi. Celle qu’il a quand Jaaziel est tout près, qu’il peut se reposer sur lui, un diable dans l’eau bénite, et c’est ingrat, il le sait, d’attendre que le punk secoue en lui ce que lui-même est incapable d’ébranler.

Pas un mot, juste un instinct, une impulsion partagée, quelque chose que personne n’a réellement décidé, mais qui s’automatise. Ares est entraîné, il se sent bouger ; dans le couloir, la chaleur autant que l’éclat des flammes lui font vivement tourner la tête, chercher l’air, et abrutissent ses yeux, mi-clos pour absorber la houle brûlante de l’incendie. Il a levé le coude, éprouve le feu dans ses poumons. Près de la cage d’escalier, l’appartement vomit sans discontinuer des gerbes rouges et noires qui semblent vouloir les attraper dans leurs bras tourbillonnants. Ares a conscience de tirer légèrement à contresens de Jaaziel, de résister, saisit malgré lui par une peur animale qui fait se bander tous ses muscles vers l’arrière.

Est-ce qu’ils brûlent ?

Il en a l’impression, la conscience recroquevillée dans son ventre, un gouffre sombre où il ne cesse de retomber à chaque pas. La chaleur fait des éclairs blancs contre ses rétines. Mais le souffle de la géhenne a cessé, et Ares se retrouve vibrant sur le dernier étage. Sa peau frémit, prise dans un spasme léger et continuel. C’est comme avoir froid. Il fixe Jaaziel se démener contre la porte menant au toit, le coeur oscillant. Il n’y a pas de feu, ici. On l’entend gronder sous les pieds. Dans tout le couloir, l’atmosphère a pris une teinte poussiéreuse.

La fumée rôde absolument partout, se courbant contre les murs avec lenteur comme les ressacs fantomatiques d’une mer sous soir de tempête. Ils vont mourir ici. Ils vont se noyer dans le brouillard.

Jaaziel le heurte.

« Aide-moi à trouver la clef du toit ! Ce connard de fils de pute l'a sûrement gardée pour lui ! »

Alors il bouge, violemment ramené à la réalité physique de leur situation, celle qui demande l’action. L’appartement se remplit d’un vacarme d’objets déplacés, retournés, jetés. Ares prend quelques secondes avant de se décider, laissant loin la réflexion patiente pour imiter Jaaziel ; dans la chambre de Bone, il fout un bordel monstre, ses yeux se posant de façon erratique sur tout ce qui pourrait être susceptible de ressembler à une clef. Puis il repasse, repasse encore, finit par bouger tout ce qu’il a déjà touché, pendant que l’horloge le broie cruellement dans ses mécanismes.

Y’a pas de clef.

Au plafond, des ombres noires se sont mises à glisser subrepticement. Ares n’y tient plus ; il s’interrompt brutalement pour aller ouvrir la fenêtre, y glisser la tête, retirer le masque et prendre une grande bouffée d’air si froid qu’elle noue sa gorge. La fumée tourbillonne au-dessus de lui. En contrebas, des silhouettes qui observent, plusieurs avec un téléphone sur l’oreille. Aucune sirène au loin.

Et ça le frappe. Il revient dans l’oxygène saturé de la bâtisse, sort son portable et tente d’appeler Bone. Dans la cuisine, Jaaziel cherche toujours, aussi avancé que lui.

Répond, putain, répond...

L’usager que vous désirez joindre est indisponible, veuillez laisser un message après le timbre sonore.

Ares s’appuie au cadre de porte, étourdi ; il a la bouche pâteuse, attend bêtement de pouvoir laisser un message.

« Bone, où es-... »

La boîte vocale de l’usager est pleine, veuillez réessayer plus tard.

Chute. Rebond.

Ça lui vient comme un coup de vent. Il balance le portable à bout de bras - enterré sous le juron coloré de l’hispanophone, l’appareil va se fracasser comme les autres objets, rejoignant les restes éparses sur la céramique de la cuisine.

Quelque chose vient de s'allumer dans sa tête - le chien acculé.

Il croise le regard du punk.

Et à l’intérieur, il y a tout. Tout ce qu’ils ont fait, ce qu’ils n’ont pas fait, ce qu’ils auraient dû faire. Ce qui va brûler ici. Ce qui brûle déjà. Ce qu’ils vont et ce qu’ils ont déjà enterré. La somme des dernières années se compresse brutalement et fusionne sous l’effet des flammes sachant souder ensemble les choses avant de les anéantir. Ares a une pulsion dans le corps, une pulsion de vie, une pulsion de mort. Trois enjambées et il a rejoint Jaaziel, l’a poussé sans ménagement.

Sous l’odeur âcre qui s’est déposée sur leur peau, il y a le sel, le musc, la peur, tout l’afflux du sang pulsant dans ses veines soudain trop étroites, sa jugulaire trop serrée. Et c’est ce qu’il tente de goûter, peut-être, une saveur métallique comme un dernier sursaut d’éternité, lorsqu’il écrase les lèvres du punk sans ménagement, laisse ses crocs y faire l’entaille et sa langue lécher tous les mots, toutes les insultes cloitrées dans sa gorge. Ares pensait qu’il crèverait comme les autres, une balle perdue, huit coups de poignard dans le ventre, ça aurait été rapide, fulgurant, loin de cette angoisse monstrueuse, de cette possibilité de courir dans un labyrinthe sans issu qui s’obscurcit avec une lenteur ignoble. Alors il se venge, est fulgurant lui-même, cherche dans Jaaziel la violence qui ne le prendra pas au dépourvu pour l’arracher à ici. Ses mains se sont fermées sur sa nuque, il sert comme pour le broyer, l’obliger à répondre, à le détester un peu mieux, à l’aimer un peu moins, à mourir quand même.

Ils butent contre quelque chose qu’Ares n’a pas même la conviction d’identifier. Il se retrouve avec un genou un sol, une douleur aiguë dans le dos, dans les poumons, et plutôt que de lui scier l’élan, elle le pousse à imposer davantage la frénésie sans tête qui a pris corps dans ses tripes. Ses doigts agrippent le haut de Jaaziel, hissent sa masse, le cloue à demi au mur. S’il pouvait, il l’y enfoncerait si fort qu’ils le défonceraient à deux. Chute de quatre étages. Ce serait réglé.

Quelque chose de vertigineux enserre son crâne. Il voit flou, pendant un instant. Les traits de Jaaziel se déforment - il ferme les yeux, revient à la charge, pressant, aspire ou donne l’oxygène, ce n’est pas clair, même pour lui ; mais il l’a sent mieux, la bouche du punk. Souple, dure. Tentant de rester au plus près, Ares joue des épaules pour se délester de sa veste - gestes vifs, imprécis, le poids tombe de sur ses épaules, lui donne l’impression qu’il pourrait peut-être trouver encore un peu de fraîcheur, mais c’est un jeu de l’esprit. L’air flambe.

Il gronde contre ses lèvres, le souffle haché, la voix brutale, « y’a pas de clef, y’a pas de putain de clef, Jaaz », appuyant chaque mot d'une secousse abrupte de ses poings enroulés sur son col, et c’est meilleur que de le frapper, t’as vu, on va crever ici, issu et retourné au même merdier, et si l’idée de sa propre mort demeure quelque chose de lourdement insaisissable, l’urgence de la faire comprendre à Jaaziel est, elle, aussi tangible que l’envie qu’il le presse de ressentir.
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MessageSujet: Re: Artificiality (pv Jaaz)   Artificiality (pv Jaaz) EmptyVen 31 Jan - 2:39

C'est la peur qui lui brûla les poumons en première. L'incendie était à l'étage du dessous mais il les menaçait comme s'il montait pas à pas les escaliers. Il grondait, susurrait ses mélodies pour les appeler, et Jaaziel, lui, ne trouvait rien. Rien qui puisse les sauver, pas même cette foutue clef ni porte de sortie qu'elle pourrait amener. Il se demanda alors comment il pourrait faire pour défoncer la porte. S'ils attrapaient un meuble assez lourd, peut-être pourront-ils s'en servir de bélier ? Et s'ils trouvaient un tournevis ou une carte chanceuse, peut-être arriveraient-ils à la déverrouiller ? Tout était moins simple avec un stresse baigné dans les braises. Et tandis qu'il se déplaçait sans plus savoir où aller, à l'image d'un animal sauvage coincé dans une cage, il se demanda enfin si c'était seulement possible de casser un mur dans leur état ou d’acquérir les compétences d'un serrurier sans outils. Nerveusement, il pressa son crâne entre les mains. Il fallait qu'il la trouve, cette putain de clef.

« Merde ! Fais chier ! » vociféra-t-il en longeant tout ce qu'il avait renversé. Bone était trop fainéant pour en obtenir quoi que ce soit d’intéressant.

Il ne devait pas mourir ici ! Ce n'était pas prévu comme ça, ça ne l'avait jamais été. Sa vie n'était qu'une misérable toile grise sur tout ce qu'il avait à apporter. Il s'était imaginé franchir des murs plus grands, les faire s'effondrer et se montrer plus vaillant. Mais au final, sa vie c'était quoi ? C'était ce trou paumé. C'était la taule. Sa connasse de mère. Des origines faussées et des tentatives ratées de se trouver une place sans jamais s'accrocher. Il aurait du mourir la gueule ouverte d'avoir trop ragé contre cette société. Cette fin-là ne servirait à rien. Demain, les rues seront toujours aussi sales sans lui.

Certes, il était vivant. Paniqué surtout, avec pour noyade une colère sourde qui petit à petit le submergeait. Il ne pensa qu'à lui avant d'entendre Ares revenir de la pièce d'à côté. Sa présence rendit étrangement le tout moins probable, aussi peu logique que la réaction qui le bouscula subitement. Il aurait pu s'y attendre tant il le savait. Il n'aurait jamais rien tenté avec Isaac s'il n'avait pas été douteux de son attirance et d'un désir flou partagé. Jamais Jaaziel ne s'était senti trop prétentieux, même si pour l'heure tout était bien trop déraisonnable pour être conscient ou intéressé.

Avant d'avoir pu s'accrocher à quoi que ce soit de certain à toutes ces scènes folles qui se succédaient, il se retrouva avec une vive douleur dans le dos, lui rappelant à quel point l'adrénaline surpassait ses conditions physiques, puis une violente douceur contre les lèvres. Percutante et chaleureuse à la fois, Jaaz' mit un temps pour faire le point entre tous ces paradoxes, tout en se pliant sous la force qui faisait plier son corps et le cogner.

Quand il eu droit à un peu d'air, aussi toxique soit-il, il avala ce qui lui resta de réalité. Il inspira à moitié. Il savait qu'il ne s'était pas laissé faire. Il avait répondu comme l'on s’imprègne instinctivement d'une odeur, d'un parfum enivrant, aux saveurs épicées. Tout était rustre dans ce baiser, aussi dur que les meubles qu'ils heurtèrent puis le mur contre lequel ils s'échouèrent. Il était aussi cruel que le destin qui les rejoignait d'ailleurs à chaque seconde écoulée et aussi invivable que la bêtise dans laquelle il les cueillait.

Le gringo se sentait fondre. Il était une terre brûlée, de la roche transformée en lave, aussi dévastatrice et hostile qu'elle ne le rongeait.

On va crever ensemble, entendit-il.

Ce baiser c'était donc ça : c'était un coup de poing en plein visage.  

À même les lèvres dévastées de son funeste messager, il accueillit la révélation malgré le coup. Les mots, plus que le savoir, pouvaient arracher les entrailles rien qu'en se montrant cruels de réalité. Dire, comme pousser.

Jaaziel se laissa donc choir au fond de ce gouffre au fond duquel aucune eau ne pourrait l'éteindre ni le raffermir. Il était toujours cette pierre fondue et lourde, si pesante d'ailleurs qu'il sentit son cœur suffoquer de ne pouvoir le supporter. Et s'il avait encore des raisons de croire qu'ils pourraient s'en sortir malgré le dévolu d'Ares, ainsi positionné il ne pouvait rien voir. Pas avec son visage, son souffle et ses yeux voleurs d'âme si proche de lui. Si présents.

« Ares... » Jaaziel agrippa ses doigts autour du crâne de celui-ci telles des serres cherchant éventuellement à le lui briser. Il le fit reculer seulement pour regarder sa face de dégénéré, et il le maintint si fort que c'était comme s'il le portait, étroitement tenus à genoux sur le sol. « Qu'est-ce que tu fous là putain ?! »

Ses mâchoires étaient crispées de colère. Ses yeux n'étaient qu'orages. Il lui en voulait plus qu'il ne lui en avait jamais voulu.

« Pourquoi tu t'es pas cassé quand tu l'as pu ?! »

Il aurait souhaité enfoncer les pouces dans ses yeux de chien miteux pour ne plus jamais les revoir. Ares avait-il oublié à quel point il était censé le haïr, pour risquer de perdre la vie à cause de lui ? Il aurait du le détester plutôt que d'être ici. Pour la première fois, Jaaziel le rejetait d'être aussi docile. Un soumis, sage et manipulable au point de faire le con pour lui. Voilà ce qu'il était, un con. Et bien que ce ne soit pas vrai, l'agitation à ces vague pensées souleva suffisamment ses entrailles pour le faire vriller. Il lui fallait un coupable pour cette mort inutile, et son coupable ne pouvait qu'être celui venu se sacrifier. Les possibles raisons le rendaient dingue. Tout ça n'étaient finalement que conneries !


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Isaàc Santiago Hierra
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